Pour le Mémorial de la Shoah de Lyon, l’intervention architecturale a consisté à accompagner l’artiste Nathalie Rodach dans la traduction spatiale d’un geste mémoriel fort. Le défi était de concevoir un lieu qui ne soit pas seulement un monument, mais une expérience — un passage, une brèche discrète mais habitée par la mémoire.






L’architecture a ainsi permis de structurer le dialogue entre le visible et l’invisible, entre la ville et l’histoire, entre le dehors et l’intime — un dialogue que le lieu donne à vivre plutôt qu’à lire. Elle a contribué à façonner une traversée sensible où lumière et matière invitent au recueillement. La forme découle d’un travail de précision : mise en tension des masses, orientation du regard, intégration du sol comme mémoire du lieu — une strate à traverser plutôt qu’une simple surface à parcourir. L’objectif était de donner à l’œuvre la possibilité d’agir sur celles et ceux qui la traversent, non par une monumentalité imposante, mais par la force d’un silence construit. Cette intuition sensible a trouvé une assise spatiale précise — proportions, épaisseurs, orientation de la faille — dans un dialogue constant avec le geste de l’artiste, sans jamais s’y substituer.
Chaque décalage de plan, chaque épaisseur de paroi pèse ici sur l’expérience entière du lieu : la brèche qui perce la masse ne cherche pas l’effet, elle canalise le regard vers un recueillement progressif, où le corps ralentit avant de comprendre ce qu’il traverse. Conçu pour la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ce mémorial ne raconte pas l’histoire depuis l’extérieur : il installe le visiteur dans un entre-deux, entre ville et mémoire, où le silence construit devient la matière la plus dense du projet. Non lauréat au concours de 2023, il reste, dans cette forme, une hypothèse spatiale complète pour le site. C’est dans cette épure que le geste architectural rejoint le geste artistique : pour que l’espace dise ce que les mots parfois ne suffisent pas à porter.
Ici, l’architecture ne cherche pas à imposer une présence, mais à ouvrir une brèche où la mémoire peut se déposer.

