Mater Earth est une œuvre de l’artiste Prune Nourry, réalisée au Château La Coste. L’intervention architecturale y accompagne une ambition qui dépasse la sculpture : traduire spatialement une figure symbolique forte — celle d’un corps féminin monumental — en un espace habité, traversable et pérenne, capable d’accueillir le vivant, le regard et le temps long.













L’architecture s’est construite à partir d’une matérialité volontairement élémentaire et enracinée. Les fondations en pierre ancrent l’œuvre dans le sol et le paysage du domaine, affirmant une relation directe à la géologie du lieu. Elles supportent une structure de milliers de briques en terre cuite et en terre crue, fabriquées à la main à partir de terres locales, qui constituent à la fois l’enveloppe, la structure et la peau de l’édifice — une épaisseur physique et symbolique, faite de strates, de gestes et de temps de mise en œuvre. La terre, matériau central du projet, n’est pas choisie pour ses seules qualités environnementales, mais pour sa capacité à porter une mémoire constructive et sensible. Elle permet une architecture respirante et poreuse, où la lumière pénètre par filtres et reflets, notamment au cœur de l’œuvre, dans le nombril en verre plein bullé : une clé de voûte lumineuse qui relie l’échelle du corps à celle du cosmos, l’intérieur obscur à l’ouverture céleste.
À l’intérieur, les parois en terre révèlent une géométrie organique, entre racine végétale et forme interne du corps ; laissée volontairement brute et lisible, la matière engage une relation directe avec le visiteur — toucher, fraîcheur, texture, odeur. L’architecture devient une expérience sensorielle complète, où le corps perçoit avant de comprendre. Le rôle de l’architecte a consisté à articuler ces intentions artistiques avec des contraintes structurelles, environnementales et de durabilité, en coordonnant des savoir-faire multiples — terre crue, maçonnerie, pisé, briques, pierre, verre. Loin d’un assemblage décoratif, Mater Earth transforme la sculpture en lieu, et le lieu en expérience : une œuvre-frontière où l’art devient architecture, et où l’architecture retrouve sa dimension première — celle d’un abri, d’un corps-terre, d’un espace de régénération.
Une architecture de terre et de lumière, où la matière porte une mémoire.