Une œuvre qui ne montre pas
le lieu, mais le rend sensible
Tisser le paysage naît d’un constat simple : nous traversons souvent les paysages sans vraiment les percevoir. Le regard est devenu rapide, distant, fonctionnel. Le projet propose au contraire d’activer une écologie du regard, une manière d’être présent au lieu, d’y marcher, d’y observer, d’y écouter. Il ne s’agit pas de représenter le paysage, mais de créer les conditions pour le rendre sensible.
L’œuvre prend la forme d’une structure légère en bois de réemploi, sur laquelle sont suspendus des pans de textile. Ces matériaux s’inscrivent en résonance directe avec le territoire de Troyes Champagne Métropole et ses filières historiques, tout en affirmant une démarche écologique et réversible. Pensée comme une installation provisoire, la structure est simple, démontable et respectueuse du site. L’ensemble ne délimite pas un espace fermé. Il forme une trame ouverte, poreuse, sans façade ni entrée principale. Le paysage traverse l’œuvre autant que l’œuvre s’inscrit dans le paysage. Le vent anime les tissus, la lumière les transforme, les ombres se déplacent au sol. L’intervention n’ajoute pas un objet spectaculaire au site : elle agit comme un filtre, révélant les qualités déjà présentes du lieu sans le transformer. Le textile joue un rôle central. Suspendu librement, il fragmente les vues, adoucit la lumière et rend perceptibles les mouvements de l’air. Le paysage apparaît par fragments, dans une succession de situations sensibles. Le regard ralentit, se déplace, s’ajuste. L’installation est également manipulable. Les pans de tissu peuvent être déplacés, relevés ou abaissés par les usagers. Ils deviennent tour à tour protections contre le soleil, zones d’ombre, appuis ou assises souples. L’œuvre ne se fige pas : elle évolue avec les gestes de ceux qui l’habitent. Elle fonctionne avec les gens.
Pensée pour être accessible à tous, elle s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes. Les premiers y trouvent un espace de jeu et d’exploration ; les seconds des lieux de pause, d’observation et de repos. Aucun usage n’est prescrit, aucun âge privilégié. L’attention au paysage n’est pas réservée aux adultes : elle est une expérience partagée.
Tisser le paysage ne cherche pas à délivrer un message explicite. L’œuvre propose une présence légère, ouverte et réversible, qui accompagne le territoire plutôt qu’elle ne le transforme. En invitant chacun à marcher, manipuler, s’arrêter et regarder autrement, elle affirme que le soin du paysage commence par la qualité de notre attention.




