Territoire déplacé explore la capacité de l’espace à produire du sens par l’expérience du parcours. Conçu avec James Basson pour le Project Giving Back Garden au RHS Chelsea Flower Show 2026, le projet s’inspire des carrières d’ocre du Lubéron — non pour en reproduire la forme, mais pour en traduire l’esprit : sa densité, sa lumière, ses surfaces façonnées par le temps. Rien n’est copié depuis Roussillon jusqu’à Londres : c’est une mémoire de matière qui voyage, une façon d’habiter la couleur et la trace plutôt qu’un décor de carrière.










Le projet s’appuie sur une écriture spatiale fondée sur le déplacement lui-même : la manière dont un corps avance, hésite, se tourne ou s’arrête constitue une expérience à part entière. Le visiteur ne traverse pas un jardin illustratif ; il éprouve, par le mouvement, la même hésitation entre ordre et érosion qui façonne une carrière abandonnée.
Ce parcours prend corps dans une structure en ossature métallique à géométrie paramétrique, enduite d’un mélange de terre, d’argile et de pigments d’ocre, issus d’une recherche approfondie sur les matériaux de Roussillon. Les parois — jusqu’à 5 mètres de hauteur — captent la lumière, creusent des ombres, et composent une atmosphère où la matière semble encore en train de se former, comme si la paroi n’avait pas fini de sédimenter. Le visiteur y entre pleinement : la surface n’est plus un fond, elle devient l’espace lui-même.
Dans cette œuvre-jardin, l’enjeu est de créer une immersion plutôt qu’une représentation. Relief, textures et matières dialoguent avec une végétation résiliente — pins, cistes, thyms — qui évoque la garrigue recolonisant naturellement les anciennes carrières. Le projet propose un fragment de paysage transposé, un espace à parcourir autant qu’à contempler, où perception et récit se construisent ensemble. Le territoire déplacé n’est donc pas seulement celui du Lubéron rejouant sa lumière sous un ciel londonien : c’est aussi celui de chaque visiteur, qui reconstruit intérieurement un paysage qu’il n’a pas connu, à partir des seules sensations que le lieu lui donne à traverser.
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